Entretien exclusif avec Steph Simon

Steph Simon, diffuseur des meubles et objets signés Charlotte Perriand et Jean Prouvé nous livre ici ses secrets :

Entretien avec un grand monsieur du design moderne français

Dès 1955, j’ai été amené à créer une galerie, à Saint Germain-des-Près, où j’assurais la diffusion de meubles contemporains. Si les débuts furent assez ardus et les réactions longtemps décourageantes, la récompense est aujourd’hui certaine, puisque après une longue gestation Saint-Germain-des-Près a tout à coup éclaté pour devenir le centre du design et du meuble contemporain.

Le choix de cette direction m’est venu d’une longue collaboration avec Charlotte Perriand et surtout Jean Prouvé dont j’assumais les relations avec les architectes qui faisaient appel à leurs concours.

Cependant, petit à petit, l’évolution du public se faisant plus sensible, nous débouchâmes enfin sur la clientèle particulière.

Tenir par la qualité, l’élégance et la fonctionnalité.

La difficulté était alors d’attiser cette flamme, assez faible au début, de tenir, c’est-à-dire de réussir commercialement sans abandonner la ligne de rigueur que je m’étais imposée et que je me devais de maintenir, ne serait-ce que par égard pour les deux grands créateurs qui m’avaient accordé leur confiance. Évidemment, l’édition de leurs créations était la base essentielle de cette évolution, mais il était indispensable et même vital d’élargir l’éventail des réalisations à offrir au public, le critère essentiel étant pour nous, l’esthétique liée au pratique; et c’est ainsi que nous sélectionnons tout ce qui peut être utile dans la vie courante, mais réalisé dans une forme élégante avec des matériaux judicieux et surtout dans un esprit de qualité.

Pourquoi le « prêt à porté » d’un moulin à café, ou d’un briquet, n’aurait-il pas l’élégance « haute couture » ?

Il semble toutefois qu’il y ait actuellement une certaine lassitude pour le meuble léger dans l’abus du contreplaqué et du stratifié, du métal chromé trop brutalement employé. Nous constatons, en effet, un accroissement d’intérêt pour le bois brut, massif, notre matériaux préféré d’ailleurs. Il est malheureusement de plus en plus difficile de trouver du bois de qualité de quinze à vingt ans de séchage, ainsi que des charpentiers dignes de ce nom, amoureux du bois et de leur métier, capables d’œuvrer.

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Il y a cependant un retour heureux d’un artisanat sain qui pourrait être favorable à cette évolution. Notre préférence pour le bois ne nous fait d’ailleurs nullement négliger ni les matériaux plastiques, ni les métaux, ni les fabrications en série, leurs place pouvant être très nobles, mais pas à toutes les sauces.

Sous prétexte de « moderne » on a beaucoup abusé des couleurs. Pour notre part, la base reste le noir, le blanc, le gris, un beau rouge chaud et parfois, à l’occasion, une note de brun ou du jaune bouton d’or…

Notre but est d’offrir à tous meubles et objets qu’ils ne perdent pas leurs qualité esthétique, qu’ils ne se démodent pas. Nous souhaitons aussi développer le sens de la beauté dans la simplicité, éviter les excès, former l’évolution du goût, pour donner enfin à chacun la certitude de ses possibilités d’un choix valable.

Propos recueillis en 1973.

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