François Laffanour, Galerie Downtown : Une vision précoce

De Down Town, la boutique de Mara Cremniter et François Laffanour, Gilles Derain déclare :

Dans dix ans, tous les stylistes « novateurs » feront des choses qui ressemblent à ce qu’on trouve à Down Town

Nous sommes dans les années 80 et cet article de Charles Bricker jette un oeil averti sur le travail et la vision précoce du célèbre galeriste François Laffanour, génial créateur de la galerie du design Downton, Paris.

La boutique se trouve rue de Seine, et c’est la seule à être répertoriée sous la rubrique « 1950 » dans Etre antiquaire, guide récent des meilleurs magasins d’antiquités de Paris.

Mara et François ont été réunis par le style 50, il y a quelques années. « J’ai acheté mes premiers objets 50 au marché aux puces », rappelle Mara. François déclare: « J’ai acheté et vendu du 50 parce que je n’avais pas les moyens de faire autre chose. A cette époque, au milieu des années 70, on pouvait acheter des choses pour trois fois rien ».

Mara s’occupait des années 30 jusqu’à ce que des séjours en Hollande et à New-York la persuadent que paradoxalement, l’avenir était dans les années 50. Mara et François ont tous deux abandonnée le simple commerce pour devenir des collectionneurs et des propagandistes passionnées. Leur loft de la Bastille, tout comme leur boutique, couvre toute la gamme qui va de Carlo Mollino et Jean Royère à Raymond Loewy et Harry Bertoia en passant par Noguchi. Tout persuadés qu’ils sont, l’un et l’autre, que le style d’après-guerre est aussi novateur que le Bauhaus dont il s’est écarté, François et Mara appartiennent résolument aux années 80. Ils ont l’impression que les Français ne font que commencer à se détacher des années 30, largement acceptées, pour se diriger vers les années 50. Mara pense même que d’ici à l’an 2000, quand les années 50 seront largement acceptées, la balance penchera vers la tendance « Barbarella » de la fin des années 60 et du début des années 70.

Elle considère que l’innovation actuelle à la façon de Totem ou de Némo ne constitue qu’une transition nécessaire entre la « décadence » et un style nouveau formé sous l’influence d’une redécouverte des écoles des années 50 et 60, transformées par l’évolution high-tech récente. François et Mara ne doutent pas que ce que le high-tech a produit en France ne soit déjà « de grande qualité ». L’innovation véritable, disent-ils, procède des vagues de progrès technologique qui déferlent régulièrement sur la France depuis un demi-siècle, et de la capacité des créateurs d’aujourd’hui à prendre conscience de la valeur des révolutions passées, tout en restant attentif à la technologie des années 80.

 

Charles Bricker

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