Le Bauhaus : de Breuer à Mies Van der Rohe, une histoire du design moderne

Le Bauhaus est né de la fusion d’une école d’art et d’une école d’arts appliqués, et devrait rester marqué par cette double appartenance.

Fondé en 1919 à Weimar par l’architecte Walter Gropius, le Bauhaus allait dispenser un enseignement tout à fait nouveau qui devait influencer toute l’évolution de l’architecture et du mobilier. Une première prise de position tranchait nettement sur l’esprit du moment: fusionner la formation et artisanale et artistique et travailler en équipes réunissant des disciplines différentes telles que chorégraphie, théâtre, typographie, publicité, géométrie, photographie, travail du métal, en plus des arts plastiques et de l’architecture proprement dits. Les bases de l’enseignement étaient exprimées dans un cours préliminaire crée par Johannes Itten et destiné à délivrer l’étudiant d’idées académiques toutes faites et à éveiller sa capacité créatrice.
Deuxième aspect révolutionnaire dans l’état d’esprit du Bauhaus: la machine n’était plus l’ennemie. Il fallait, au contraire l’utiliser pour fabriquer des objets qui soient beaux. Les efforts du Bauhaus portèrent donc aussi sur la création de prototypes destinés à la fabrication de série.

De nombreux professeurs du Bauhaus devaient devenir célèbres: des peintres et graveurs comme Feinninger, Georg Muche, Paul Klee, Wassily Kandinsky, Oskar Schlemmer, qui fut peintre et décorateur de théâtre, photographe et typographe…
Mais un centre d’enseignement tellement en avance sur l’époque rencontra, malgrès des succès certains, une telle opposition qu’il dut finalement quitter Weimar en 1925.
Le Bauhaus s’installa alors à Dessau, où Walter Gropius fut chargé de construire l’immeuble qui devait l’abriter. L’enseignement fut renforcé par l’accentuation des travaux pratiques en architecture et en décoration intérieure, et par la mise au point de prototypes réalisés ensuite par l’industrie.

A Gropius devait succéder Hannes Meyer de 1928 à 1930, puis Mies Van der Rohe. En 1932, les évènements politiques obligèrent le Bauhaus à un nouveau déménagement à Berlin, et, en 1933, les nazis le fermèrent définitivement.

Entre-temps, le Bauhaus avait rendu toute une génération apte à rompre avec le passé et devait ainsi permettre à l’art contemporain de trouver son originalité et de s’exprimer dans tous les domaines.

En particulier, les méthodes profondément révolutionnaires de l’enseignement du Bauhaus firent naître des types de meubles nouveaux non seulement dans leurs formes, mais aussi par les matériaux employés.

C’est en effet au Bauhaus, que Marcel Breuer, architecte d’origine hongroise, inspiré par le guidon de sa bicyclette, étudie les premiers modèles de mobilier métallique tubulaire.

Ses idées prennent forme et, en quelques années seulement, entre 1924 et 1928, il complète son système de tubes et crée à peu près tous les types de tabourets, tables et chaises à structure en acier tubulaire que l’on utilise (ou que l’on imite) de nos jours. Breuer est donc le père spirituel du mobilier de bureau moderne, du meuble fonctionnel typique, si bien adapté aux besoins quotidiens qu’il nous paraît difficile de croire que l’on ait pu s’en passer.

Parmi les modèles dessinés par Breuer et que l’on réédite encore, les plus célèbres sont sans doute le fauteuil Wassili, en tubes d’acier et sangles de cuir, et la chaise Cantilever formant un S.
Marcel Breuer dirigea la section d’ameublement du Bauhaus alors qu’il avait à peine 22 ans. En 1925, à Dessau, il crée le nouveau mobilier, et, quelques années plus tard, il dessine en Suisse des sièges à chassis d’aluminium qui seront parmi les premiers de ce type. A l’arrivée d’Hitler, il quitte l’Allemagne et rejoint Walter Gropius, qui enseigne alors à l’université de Harvard aux Etats-Unis. Il fera dans ce pays une brillante carrière d’architecte et d’enseignant.
Breuer est un exemple très typique de l’influence qu’allait continuer à exercer le Bauhaus bien après sa disparition.

En effet, tôt ou tard, les membres du Bauhaus dispersés, et la plupart du temps contraints de fuir devant le nazisme, trouvèrent refuge aux Etats-Unis où ils allaient donner  toute la mesure de leur talent, et pour certains, de leur génie.

Ludwig Mies Van der Rohe, l’un des très grands noms de l’architecture du XXième siècle, créateur de meubles d’une remarquable beauté, en est encore un exemple. Lorsqu’il construisit le pavillon allemand pour l’Exposition de Barcelone en 1929, il dessina en même temps des fauteuils à piètements métalliques connus sous le nom de sièges Barcelona, qui connaissent depuis maintenant de nombreuses années une vogue extraordinaire.
Le même souci de simplicité et de pureté obtenus avec un minimum de moyens apparents, qui est la base de sa doctrine architecturale, se retrouve dans le mobilier qu’il crée et qui est peut-être des plus typiques des deux premiers tiers du 20ième siècle. S table basse à piètements métalliques et au plateau de verre rectangulaire, ses tabourets, sa chaise longue sont des prototypes qui, appréciés seulement par quelques amateurs voici 50 ans, sont maintenant imités, copiés et partout répandus depuis les années 70.

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