Marc Held : L’intervention créatrice du designer

A société nouvelle, environnement nouveau.

Pour moi, le design, c’est une intervention créatrice appliquée à la conception d’un objet quelconque dans le cadre de contraintes sévères.

Intervention créatrice puisque j’invente une forme ou une architecture inédite. Objet quelconque parce que celà va de la cuillère à l’automobile en passant par l’automobile en passant par le mobilier. Contraintes sévères parce qu’il faut tenir compte des moyens de fabrication en série.

Pendant longtemps, et même bien après la parution de matériaux nouveaux, les fabricants se sont contentés d’imiter les formes anciennes. Seule, changeait la matière des objets… Mais, petit à petit, les modifications du mode de vie, les besoins de rationaliser les tâches ménagères, l’explosion démographique et aussi la lassitude de voir toujours la même chose ont poussé les utilisateurs à désirer un cadre de vie plus conforme à leur image.

A société nouvelle, environnement nouveau, et les fabricants commencèrent à faire appel à des concepteurs pour réinventer des objets, dans un esprit de « pratique » et de « confort », deux critères qui caractérisent essentiellement l’esprit des créations d’aujourd’hui.

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Chaque fois que je me penche sur un nouveau projet, je dessine puis façonne l’objet en plâtre ou en terre, toujours en fonction de ma conception personnelle de ce qui est beau. Je tente également de choisir une matière puis un type de fabrication qui, dans la mesure du possible, permettent la diffusion de l’objet à un prix modeste.

Généralement, c’est l’éditeur du produit qui prend contact avec le designer; et souvent celui-ci est obligé de concevoir ses créations en fonction du type de fabrique. Il ne peut pas toujours choisir son fabricant et ainsi fait successivement connaissance avec des techniques de fabrication nouvelles. Voilà une forme de contrainte que nous évoquions tout à l’heure.

Très souvent, au stade de la conception, le designer fait naître des inventions qu’il ne peut utiliser pour l’objet qui lui a été demandé. Mais ces « inventions en cours de route » poussent alors des designers à déterminer seuls la mise au point d’un objet, à partir de paramètres qu’ils imaginent eux-mêmes.

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Lorsque je réalise des objets particuliers, je les installe chez moi, je les teste, et s’ils me plaisent à l’usage, si je me sent bien au milieu d’eux, j’extrapole et les réalise en vue d’une diffusion pour le public.

J’imagine mal un designer inventant chaque jour des formes nouvelles pour les meubles, par exemple, et vivant dans un intérieur Empire: c’est en vivant avec ses inventions qu’un designer saura vraiment si elles répondent réellement aux besoins actuels, si elles sont fonctionnelles.

La démocratisation de l’objet, ce n’est pas qu’il en existe cent à un prix abordable… c’est bien plutôt qu’il en existe cent différents et que chacun puisse choisir.

Il faut que le design permette à l’homme de trouver dans une boutique l’objet qui lui convient, celui qu’il aurait aimé créer lui même parce qu’il correspond parfaitement à ses désirs.

 

 

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